zeppelin

Le comte Zeppelin qui vient de mourir, a pu assister à la faillite militaire de ses engins. Avant que tombe complètement dans l’oubli sinon son nom, tout au moins sa personne, rappelons une anecdote peu connue, qui remonte à ses débuts d’inventeur :

C’était à Marienbad. Le comte se trouvait avec quelques amis qu’il avait priés à dîner et la conversation au dessert tomba sur le sujet inévitable : la question des zeppelins.

— C’est une belle arme de guerre, dit quelqu’un.
— Oui, acquiesça le comte. Seulement, l’Empereur n’y croit pas.
— Comment ?
— Non. Le kaiser n’y croit pas même pour le commerce ! Mais songez donc que je veux arriver à faire des zeppelins, qui seront dix fois, vingt fois, cent fois plus grands que les plus grands que j’aie construits ! Ils pourront emporter des centaines de passagers et des centaines de tonnes de marchandises !
— Ne pensez-vous pas que la dépense en énergie ne soit considérable…
— Bêtise! Le kaiser me dit : « Et le vent ?… » Il a peur, du vent, notre kaiser ! Croyez-vous, lui qui fait peur à l’Europe !… C’est comme si on disait : « Et l’eau ? » quand il s’agit de construire un cuirassé…
— Et les aéroplanes ? demanda un officier de marine.

Zeppelin devint tout rouge.

— Monsieur, qu’est-ce que fait un aigle lorsqu’il rencontre un moucheron ? Il l’avale, n’est-ce pas, il l’avale ! Eh bien, le zeppelin avalera l’aéroplane, voilà tout ! 

Le comte Zeppelin emmena ses invités en dirigeable : ce fut, paraît-il, un voyage merveilleux.

Mais l’officier de marine regardait en l’air, à droite, à gauche, avec un sourire sceptique. Quelqu’un lui demanda : 

— Que cherchez-vous donc ?
— Je cherche, répondit l’autre, par où le dirigeable avalera l’aéroplane : il n’a pas de dents !…

« Le Pêle-mêle. » Paris, 1917.