Les anecdotes

19 avril 2017

Le dirigeable sans dents

zeppelin

Le comte Zeppelin qui vient de mourir, a pu assister à la faillite militaire de ses engins. Avant que tombe complètement dans l’oubli sinon son nom, tout au moins sa personne, rappelons une anecdote peu connue, qui remonte à ses débuts d’inventeur :

C’était à Marienbad. Le comte se trouvait avec quelques amis qu’il avait priés à dîner et la conversation au dessert tomba sur le sujet inévitable : la question des zeppelins.

— C’est une belle arme de guerre, dit quelqu’un.
— Oui, acquiesça le comte. Seulement, l’Empereur n’y croit pas.
— Comment ?
— Non. Le kaiser n’y croit pas même pour le commerce ! Mais songez donc que je veux arriver à faire des zeppelins, qui seront dix fois, vingt fois, cent fois plus grands que les plus grands que j’aie construits ! Ils pourront emporter des centaines de passagers et des centaines de tonnes de marchandises !
— Ne pensez-vous pas que la dépense en énergie ne soit considérable…
— Bêtise! Le kaiser me dit : « Et le vent ?… » Il a peur, du vent, notre kaiser ! Croyez-vous, lui qui fait peur à l’Europe !… C’est comme si on disait : « Et l’eau ? » quand il s’agit de construire un cuirassé…
— Et les aéroplanes ? demanda un officier de marine.

Zeppelin devint tout rouge.

— Monsieur, qu’est-ce que fait un aigle lorsqu’il rencontre un moucheron ? Il l’avale, n’est-ce pas, il l’avale ! Eh bien, le zeppelin avalera l’aéroplane, voilà tout ! 

Le comte Zeppelin emmena ses invités en dirigeable : ce fut, paraît-il, un voyage merveilleux.

Mais l’officier de marine regardait en l’air, à droite, à gauche, avec un sourire sceptique. Quelqu’un lui demanda : 

— Que cherchez-vous donc ?
— Je cherche, répondit l’autre, par où le dirigeable avalera l’aéroplane : il n’a pas de dents !…

« Le Pêle-mêle. » Paris, 1917.

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17 avril 2017

Le ronfleur de Zurich

nounours

Il vient de mourir, dans un canton de la Suisse, un riche fermier qui était affligé d’une maladie bien gênante, peu rare, en vérité, en Suisse et même en France, mais qui chez lui atteignait un degré d’intensité effroyable.

M. Charles Lester (c’était son nom) était surnommé le « ronfleur de Zurich ». Il habitait un château immense, dans lequel il dormait seul, aucun de ses domestiques n’ayant jamais pu fermer l’oeil autour de lui. Quand la nuit était calme, on l’entendait au loin et certaines fois,, en hiver, quand le ronfleur avait un rhume de cerveau, on accourait des environs pour l’entendre. La chute du Niagara seule, à ce que racontent les touristes, produisait un bruit aussi imposant.

On pense bien qu’une pareille infirmité rendait son propriétaire excessivement malheureux. Pour ne parler que d’un détail, feu Charles Lester aimait beaucoup séjourner à Paris, mais il n’y passait jamais que la nuit du mardi gras de chaque année. Cette nuit-là seulement, le ronfleur de Zurich pouvait dormir en toute liberté.

Tout le monde croyait qu’il jouait du cor de chasse !

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1885.

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Cloven foot

lord-byron

Quand la mère de lord Byron s’aperçut que le fils qu’elle avait mis au monde était boiteux, elle en ressentit un très vif chagrin.

Mais il paraît que cette infirmité existait depuis longtemps dans la famille. Plusieurs ancêtres du poète ont été boiteux de la même manière que lui. Il attacha toujours de l’importance à dissimuler ce défaut : il portait pour cela des pantalons fort longs, et taillés d’une manière particulière.

Quand ses camarades d’école voulaient le faire entrer en fureur, ils l’appelait pied fourchu (cloven foot). Cette injure le mettait hors de lui. Une chose bizarre et assez remarquable, c’est que Walter Scott a un pied exactement pareil à celui de lord Byron.

Louise Swanton-Belloc. « Lord Byron. Tome 1notes. »  Paris, 1824.

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Un procès d’adultère

tribunal

Depuis la promulgation de la loi sur le divorce, les procès d’adultère sont devenus si fréquents que nous sommes obligé de faire un choix et de ne retenir que les détails piquants qui émaillent de loin en loin des causes d’ailleurs banales.

Le dernier adultère mettait en cause un territorial, M. Hauser, et une couturière, madame Perras. Il est d’ordinaire dangereux pour les maris de faire les vingt-huit jours ou les treize jours. Dieu sait combien les appréhensions de ces soldats malgré eux sont parfois justifiées au point de vue matrimonial. Mais il est rare de voir, comme aujourd’hui, un territorial poursuivi par une jolie femme jusqu’à sa garnison.

Tel est cependant le cas de M. Hauser qui faisait sa période à Dreux (Eure-et-Loir), car c’est à la gare de cette ville que madame Perras a été surprise avec lui au moment où elle l’enlaçait tendrement.

— Vous avez embrassé madame Perras devant le monde ? demande sévèrement le président au prévenu.
— C’est que j’ai de l’estime pour elle, riposte Hauser avec conviction ! (Hilarité )

Ce n’était malheureusement pas ce baiser militaire que madame Perras comptait uniquement à son avoir. Le ministère public parle encore de certaines promenades en voiture, au château d’Anet, à des heures particulièrement fatales aux maris. En pareille occurrence, le meilleur témoin, le seul témoin, c’est le cocher. Mais il faut croire que les cochers de Dreux sont d’une discrétion exceptionnelle, car celui qui conduisait les amoureux est restée bouche close aux questions du ministère public.

— Comment se conduisaient les prévenus dans votre voiture ? interroge M. le substitut.
—  Mais je ne sais pas, moi, monsieur, je ne comprends pas …

Le président (solennellement)

— Vous ne saisissez pas, en effet, la portée de la question. Se conduisaient-ils comme des gens mariés ?

Le cocher (baissant pudiquement les yeux).

— Je ne peux pas vous dire, monsieur, je suis célibataire (Hilarité générale).

Les juges de Dreux et, après eux, la cour d’appel de Paris ont estimé que les preuves leur manquaient pour condamner le territorial. Aux termes de la loi, le complice présumé d’un adultère ne peut être reconnu coupable que s’il y a flagrant délit ou preuves écrites de sa main. M. Hauser a donc été acquitté.

Mais la loi est plus stricte pour la femme, et les démarches compromettantes de madame Perras ont eu pour résultat de la faire condamner à vingt jours de prison, que Me Démange à fait réduire en appel à 200 francs d’amende.

Albert Bataille. Le Figaro. 1885.

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