tribunal

Depuis la promulgation de la loi sur le divorce, les procès d’adultère sont devenus si fréquents que nous sommes obligé de faire un choix et de ne retenir que les détails piquants qui émaillent de loin en loin des causes d’ailleurs banales.

Le dernier adultère mettait en cause un territorial, M. Hauser, et une couturière, madame Perras. Il est d’ordinaire dangereux pour les maris de faire les vingt-huit jours ou les treize jours. Dieu sait combien les appréhensions de ces soldats malgré eux sont parfois justifiées au point de vue matrimonial. Mais il est rare de voir, comme aujourd’hui, un territorial poursuivi par une jolie femme jusqu’à sa garnison.

Tel est cependant le cas de M. Hauser qui faisait sa période à Dreux (Eure-et-Loir), car c’est à la gare de cette ville que madame Perras a été surprise avec lui au moment où elle l’enlaçait tendrement.

— Vous avez embrassé madame Perras devant le monde ? demande sévèrement le président au prévenu.
— C’est que j’ai de l’estime pour elle, riposte Hauser avec conviction ! (Hilarité )

Ce n’était malheureusement pas ce baiser militaire que madame Perras comptait uniquement à son avoir. Le ministère public parle encore de certaines promenades en voiture, au château d’Anet, à des heures particulièrement fatales aux maris. En pareille occurrence, le meilleur témoin, le seul témoin, c’est le cocher. Mais il faut croire que les cochers de Dreux sont d’une discrétion exceptionnelle, car celui qui conduisait les amoureux est restée bouche close aux questions du ministère public.

— Comment se conduisaient les prévenus dans votre voiture ? interroge M. le substitut.
—  Mais je ne sais pas, moi, monsieur, je ne comprends pas …

Le président (solennellement)

— Vous ne saisissez pas, en effet, la portée de la question. Se conduisaient-ils comme des gens mariés ?

Le cocher (baissant pudiquement les yeux).

— Je ne peux pas vous dire, monsieur, je suis célibataire (Hilarité générale).

Les juges de Dreux et, après eux, la cour d’appel de Paris ont estimé que les preuves leur manquaient pour condamner le territorial. Aux termes de la loi, le complice présumé d’un adultère ne peut être reconnu coupable que s’il y a flagrant délit ou preuves écrites de sa main. M. Hauser a donc été acquitté.

Mais la loi est plus stricte pour la femme, et les démarches compromettantes de madame Perras ont eu pour résultat de la faire condamner à vingt jours de prison, que Me Démange à fait réduire en appel à 200 francs d’amende.

Albert Bataille. Le Figaro. 1885.